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Naissance de la clinique
Auteur : Foucault, Michel

naissance de la clinique

« Il est question dans ce livre de l’espace, du langage et de la mort ; il est question du regard ». La première phrase de la préface de Naissance de la clinique est une synthèse fulgurante de la pensée de Michel Foucault, dont l’objet d’étude est ici la médecine moderne, celle qu’il examine et qui couvre un siècle de révolutions, de 1760 à 1860. La question du regard est centrale, même décisive. Michel Foucault, qui n’est pas médecin, développe une réflexion juste et précise, étonnamment lucide sur ce qu’est le regard clinique authentique, hérité d’Hippocrate, enseigné tel quel jusqu’à cette époque moderne qui va lui substituer une autre forme de voir dont la médecine contemporaine est aujourd’hui encore l’héritière et l’exécutrice testamentaire.
Avec le talent littéraire en plus, Michel Foucault saisit le tournant décisif, le moment où tout bascule dans l’histoire et l’épistémologie du raisonnement médical. Le paragraphe VII, « Voir, savoir », est exemplaire et sa lecture devrait être rendue obligatoire en faculté de médecine et en école d’infirmières. Entre le premier mot, Hippocrate, et le dernier du paragraphe, Bichat, tout est dit : la révolution se fait sous nos yeux. C’est entendu la médecine moderne, et plus encore contemporaine, sera celle du voir : voir la pathologie (et non plus d’abord le malade, ce qu’enseignait le regard clinique hippocratique) pour ensuite la nommer ; nommer la maladie pour ensuite reconnaître, y compris socialement, le malade. Et, si voir c’est savoir, ne pas voir devient synonyme de « circulez, il n’y a rien à voir » : s’annonce ainsi le règne de la preuve, de la norme, de la culpabilité dont le soigné doit se faire l’écho. Voir, objectiver la pathologie, c’est permettre à la science d’envahir le corps. À l’inverse, ne pas voir, c’est jeter le discrédit sur la plainte subjective du malade.
Pour autant, l’absence de preuve est-elle preuve d’absence ?
BMD

Foucault Michel, Naissance de la clinique, PUF, Paris, 1963

 

 

Les raisons du corps
Auteur : Galimberti, Umberto

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Un livre indispensable ! Il faut rendre hommage à Michel Onfray, qui dirige chez Grasset la collection « La Grande raison » : il nous fait découvrir cet ouvrage du philosophe italien Umberto Galimberti, décisif pour qui veut comprendre les défis du corps, en en permettant la traduction et la publication en France. Umberto Galimberti est un philosophe réputé, malheureusement peu ou mal connu chez nous. Ce livre est pourtant un défi réussi, un survol vertigineux de l’histoire occidentale du corps, de ses méandres et mystères. Philosophe phénoménologue, Galimberti interroge, dans de très belles pages, l’espace et le temps du corps, sans en oublier la psychanalyse, la sociologie et la sémiologie.
Ce livre s’adresse aussi (et d’abord ?) aux professionnels du soin du corps, médecins, infirmières kinésithérapeutes. Ni médecin, ni malade, Galimberti explore pourtant de l’intérieur le langage du corps. Lucide et critique l’auteur développe son argumentation en montrant que l’époque contemporaine, celle de la science toute-puissante, réduit le corps « au simulacre biologique » (§5, pages 56 et suivantes). Il n’est pas le premier à l’affirmer, mais sa démonstration est brillante : il en appelle à notre responsabilité morale : « La vie du corps est sa prise sur le monde, et si la science peut prétendre aujourd’hui créer la vie, c’est uniquement parce qu’elle affirme que la vie n’est que la simple animation de la matière. Mais tant que la science continuera à considérer le corps comme un objet ou comme un agrégat de parties et tant que la société s’en tiendra à ce verdict, nous ne pourrons rien comprendre au corps et à sa vie ».
BMD

Galimberti, Umberto, Les Raisons du corps, Grasset-Mollat, Paris, 1998, Collection La Grande raison


 

Pour une philosophie de la maladie
Auteur : Dagognet, François

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Comment s’y retrouver dans la pensée et l’œuvre de François Dagognet ? Le lecteur peu habitué sera rapidement désorienté par le caractère multiforme, voire centrifuge du travail de cet élève de Georges Canguilhem. C’est que François Dagognet est un penseur de système, un penseur du tout et que le tout de la matérialité et de la vie intéresse. Reçu premier à l’agrégation de philosophie, médecin, psychiatre, chimiste, géographe et juriste, François Dagognet ne laisse personne indifférent parce que lui-même n’est indifférent à rien.
À celles et ceux, professionnels ou non, qui s’intéressent aux questions médicales, cet ouvrage bref mais incisif, résultat d’un entretien salutaire avec le journaliste et philosophe Philippe Petit, donnera des éléments de compréhension des problèmes actuels et de leur genèse récente. Il servira utilement d’introduction à la lecture d’ouvrages plus complexes du philosophe et sera à lire avant Le Normal et le pathologique de Georges Canguilhem et Naissance de la clinique de Michel Foucault.
Construit en trois parties, la première, « Petite généalogie de la pensée médicale », est de loin la meilleure.
BMD

Dagognet François, Pour une philosophie de la maladie, Textuel éditions, Paris, 1996, collection « Conversations pour demain »

 

 

 

 

 

 

 

Les morts
Auteur : Harrison, Robert

lesmorts

Certains livres sont écrits pour être lu (c’est déjà beaucoup). D’autres ont vocation, en plus, à devenir ouvrages de référence. C’est le cas du remarquable livre de Robert Harrison, Les Morts, que les éditions du Pommier ont eu l’excellente idée de traduire de l’américain. L’auteur dirige le département de littérature française et italienne à l’université de Stanford en Californie : c’est dire que sa culture est européenne, que son interrogation se nourrit aussi bien de Dante que de Heidegger. Avec Les Morts, Robert Harrison nous propose un essai de littérature et de philosophie qui interroge ce qui constitue le soubassement de la culture occidentale, son articulation originaire : la commémoration des morts. Derrière ce mot (si souvent galvaudé à force d’être à la mode), l’auteur explore ce lien mystérieux qui nous relie et nous enracine (pour reprendre les mots de la philosophe Simone Weil) à la mort et à la terre de tous les morts.
« Qu’est-ce qu’une maison ? » se demande l’auteur (chapitre 3), reprenant intelligemment la réflexion de Heidegger : cette question hante l’esprit troublé par l’idée du déracinement. La maison « héberge », c’est-à-dire qu’elle « ouvre le champ d’une vie posthume ». Le mérite de Robert Harrison est de nous obliger à faire retour sur le lien que les vivants entretiennent avec la mort, partie de la vie, même si notre culture occidentale contemporaine fait de son mieux pour la nier. Cet essai rappelle aux vivants qu’ils ne peuvent se constituer, ontologiquement, existentiellement, sans cette reconnaissance du sentiment de notre finitude. Vivre passe par la découverte du fait que nous sommes mortels ; la mort fait de nous, êtres humains vivants, des « anciens combattants du deuil ».
BMD
Harrison Robert, Les Morts, Le Pommier éditions, Paris, 2003
Prix conseillé 23 € , diffusion Harmonia Mundi.
Titre original : The Dominion of the Dead, University of Chicago Press, 2003


Penser le corps
Auteur : Marzano, Maria

penserlecorps

Dans l’excellente collection « Questions d’éthique » que dirige aux PUF Monique Canto-Sperber, la philosophe italienne Maria Michela Marzano Parisoli interroge la polysémie du mot corps. Qu’est-ce qu’un corps ? Est-il d’ailleurs possible de répondre à cette question qui interpelle aussi bien les médecins que les philosophes, les anthropologues, les sociologues et les juristes ? La force de cet essai réside justement dans cet effort de synthèse et de définition de la personne, cet être de chair. Comme l’écrit le cinéaste David Cronenberg, que l’auteur cite en exergue, « le premier fait de l’existence humaine, c’est le corps, plus on s’en éloigne, plus on s’éloigne du corps humain ».
Aux professionnels du soin médical du corps, nous conseillerons particulièrement les pages consacrées à la rhétorique de la normalité : elles sont édifiantes !
Un ouvrage à garder à portée de réflexion.
BMD
Marzano Parisoli Maria Michela, Penser le corps, PUF éditions, Paris, 2002, collection « Questions d’éthique »

 

Hommes, femmes, la construction de la différence

Auteur : Héritier, Françoise (sous la direction de)

hommes femmes

XX, XY, comment devient-on un homme ou une femme ? Qui gouverne la construction de notre identité sexuelle ? Nos gènes ? Nos hormones ? La société ? La famille ? … Simone de Beauvoir avait-elle raison lorsqu’elle écrivait « On de naît pas femme, on le devient » ?

Sauf accident, tout individu obéit aux lois de la génétique et de la physiologie qui créent dans notre espèce des mâles et des femelles. Mais au-delà, le regard de nos parents, de la société toute entière, nous façonne dans notre intimité.

Et si la différence des sexes structure la pensée humaine, peut-on changer le rapport du masculin et du féminin ? Que disent désormais les sciences sociales, humaines, et les sciences du vivant de cette construction ?

Hommes, femmes, la construction de la différence, Editions Le Pommier, collection Le Collège, Paris, 2010

Qu’est-ce que mourir ?

Auteurs : Hervieu-Léger, Danièle & Hirsch, Emmanuel (sous la direction de)

quest-ce que mourir

Avec un texte de Bernard-Marie DUPONT : « Quand la vie s’arrête-t-elle ? »

Regroupée en trois parties (le mort et le vif ; le vécu de la mort ; la bonne mort), les contributions des huit auteurs de cet ouvrage explorent, à la lumière de la biologie, de la philosophie, de la science des religions, de l’histoire, de la psychanalyse, quelques-unes des innombrables interrogations que fait ressurgir la question du « mourir » : Comment la biologie et la médecine contemporaines définissent-elles la mort ? Les travaux sur le « suicide cellulaire » doivent-ils nous conduire à voir la mort comme étant indispensable à la vie ? Sur quels fondements repose la définition médicale de la mort humaine ? Comment aborder la fin de vie, rendre accessibles les soins palliatifs et, parfois, entendre la demande d’euthanasie ? Où en sommes-nous avec la mort, ses représentations et ses rites ? Les croyances en l’immortalité trouvent-elles aujourd’hui à se renouveler, dans une version laïque, en s’alimentant aux découvertes des sciences du vivant ?

Qu’est-ce que mourir ? Éditions Le Pommier, collection Le Collège, Paris, 2010

 

Qu’est-ce que l’humain ?

Auteurs : Michel Serres, Pascal Picq, Jean-Didier Vincent

quest-ce que lhumain

Trois chercheurs (un paléo-anthropologue, un neurobiologiste et un philosophe) réunis, pour tenter de répondre à une même question, plus que jamais d’actualité : « Qu’est-ce que l’humain ? ».

Le paléo-anthropologue, Pascal Picq, considère l’homme à l’intérieur du monde vivant, en insistant plus sur les continuités que sur les ruptures. Selon lui, comment ne pas faire descendre l’homme de son piédestal « d’animal doué de raison », quand on sait que les primates ont développé des techniques relevant de la culture ?

Le neurobiologiste Jean-Didier Vincent, interroge quant à lui le « miracle » de la sélection génétique qui a fait qu’à un moment de l’évolution, quelques gènes se sont mis à fonctionner plus longtemps, soit à se dupliquer et à s’exprimer là où ils ne devaient pas l’être, dans le cerveau.

Enfin, pour nouer nature et culture, le philosophe, en la personne de Michel Serres, relaie les savoirs scientifiques en méditant sur le temps. Nous savons aujourd’hui évaluer la durée gigantesque requise pour la formation de l’univers inerte, des vivants et de l’homme. Comment définir ce dernier, sinon comme un vivant parti à la conquête de ce temps ? Comme le «premier vivant en voie d’auto-évolution » ?

Qu’est-ce que l’humain ? Éditions Le Pommier, collection Le Collège, Paris, 2010

Les origines du langage

Auteurs : Pascal Picq, Bernard Victorri, Jean-Louis Dessales

les origines du langage

Comment le langage est-il apparu ? Certes pas parce qu’il fallait que l’on parle… L’éthologie, la paléo-anthropologie, la linguistique servent ici de guides précieux dans une véritable enquête qui nous mène sur les traces des premiers humains. Existe-t-il des méthodes qui nous permettraient de reconstituer une éventuelle « langue mère » ? Comment un « protolangage » se serait-il complexifié pour atteindre l’immense sophistication de nos langues actuelles ? Le langage, universel dans notre espèce et exception dans le règne animal, constituerait-il une anomalie de l’évolution ?

Les rôles joués par le langage et l’avantage évolutif qu’ils induisent seraient une des clés permettant de répondre à ces questions.

Les origines du langage, Éditions Le Pommier, collection Le Collège, Paris, 2010

 

 

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