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Mort d'un personnage Auteur : Giono, Jean

Je me dis : « Elle meurt ! » Il me sembla que je devais courir n’importe où. Mais je ne lâchai pas son bras ni sa tête, que je soutenais de l’autre main. Et mon vertige cessa. Je me dis : « Elle meurt, sans souffrance. Il faut bénir le Ciel. Reste là. N’appelle pas. » Elle ouvrit encore une fois la bouche. J’entendis passer sur notre trottoir un ouvrier qui s’en allait au travail. Elle était encore tiède dans mes mains. Je collai mon oreille à sa bouche. J’allai ensuite réveiller mon père et je lui dis : « Grand-mère est morte ! » Jean Giono Le Livre de poche, numéro 3084, Grasset, Paris
L'art de mourir Auteur : Morand, Paul

« La mort, à qui nous nous efforçons de ne jamais penser, nous trouve stupéfaits, ricaneurs ou hurlants de peur ». Ce court essai philosophique et littéraire de Paul Morand, écrit en 1930, paru en 1932, apostrophe notre hypocrisie à travers la grande limpidité de prose voyageuse : « l’art de mourir se perd comme l’art de vivre et pour les mêmes raisons. Comparez la mort de Wilson ou d’Anatole France à celle d’Auguste ; l’empereur, à ses derniers moments, se fait vêtir de pourpre, coiffer et farder : « suis-je bon comédien ? », interrogea-t-il en souriant. » La mort est partout présente dans les dix lettres à Lucilius qui répondent à la prose de Morand : « Vivre l’heure est non pas odieux mais fastidieux : on glisse sur cette pente, poussé par la philosophie elle-même quand on se dit : « Quoi ! toujours les mêmes impressions ! toujours me réveiller, dormir, me rassasier, avoir faim, avoir froid, avoir chaud ; rien qui ne finisse jamais ». Ce livre à deux voix réveille en Sénèque et en Morand, l’écrivain et le philosophe qui se répondent avec bonheur par-delà les siècles. L'Esprit du Temps, Bordeaux, 1992, Diffusion PUF
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