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Page 1 de 3 Laissez-moi Auteur : Sauvageot, Marcelle

Comment présenter ce livre exceptionnel ? Est-ce même simplement un livre, au sens classique où nous l’entendons, qu’il s’agisse d’un roman ou d’un récit ? Marcelle Sauvageot, jeune femme professeur de lettres qui se meurt dans un sanatorium de Davos, en Suisse, répond à son fiancé resté à Paris : il a décidé de rompre, par lettres interposées ; il lui annonce son mariage prochain. En quelques dizaines de pages, Marcelle Sauvageot la femme blessée mourante commente (un genre littéraire aujourd’hui oublié) cette déclaration d’amour perdu. La plume est terriblement efficace et les mots sont choisis pour faire mal : non par volonté mais simplement parce qu’ils traduisent ce qu’une femme exceptionnellement lucide peut dire de l’amour. Elle a la « fierté clairvoyante et meurtrie » de celles qui ont déjà tout perdu écrivait Paul Claudel : la santé, maintenant l’amour, bientôt la vie. La tuberculose va emporter dans quelques semaines (le 06 mars 1934) cette enfant de la guerre, jeune agrégée de lettres, cette orpheline de la vie qui découvre avec stupeur et horreur la trahison masculine : « Laissez-moi » sera son ultime demande. Lui ? Il est en bonne santé, resté à Paris, sans doute effrayé par la maladie et la mort qui entoure Marcelle, plusieurs fois condamnée mais toujours présente à la vie et à l’amour. Lui sans doute plus préoccupé par son son apparence et son conformisme (construire une famille, par goût du confort bourgeois proctecteur et rassurant) ; elle, aimant l’amour plus que tout et plus que la vie, femme libérée se moquant des opinions, mise à mal par cet abandon brutal et par courrier annoncé.Ce texte est intemporel tout en étant très moderne. C’est un sommet du genre, un livre précieux, un récit qui n’était pas fait pour être publié et qui avait toutes les chances de disparaître à jamais. Ces quelques lettres constituent l’unique œuvre littéraire de Marcelle Sauvageot. Elles sont surtout un extraodinaire témoignage de l’inégalité fondamentale entre l’homme et la femme. Après ce livre, parler d’amour peut-il encore de décliner au masculin ? BMD Sauvageot Marcelle, Laissez-moi (Commentaire), récit, éditions Phébus, Paris, 2004
Anorexia, Enquête sur l'expérience de la faim Auteur : De Tonnac, Jean-Philippe

Au commencement est la faim. La faim comme toute-puissance, la faim comme maîtrise, la faim comme délivrance, la faim comme euphorie, la faim peut-être comme orgasme, a-t-on dit. Puis tout tourne court. Au commencement de ce livre, le lecteur entre dans une société sécrète, la communauté de l’ana (pour anorexia), à l’intérieur de laquelle des jeunes filles, quelques jeunes hommes, se livrent à des rituels insensés. L’ordre des chapitres tente de dessiner très fidèlement la « courbe de la faim », de l'euphorie de la toute-puissance ressentie par la personne anorexique au commencement de son jeûne qui lui fait penser qu'elle a pris, avec succès, sa vie en main, aux premiers troubles physiologiques qui fondent, à son insu, une chronicité qui n'est plus, loin s’en faut, le fruit de sa seule volonté et vient renforcer, cadenasser pourrait-on dire, le cercle vicieux de la faim — jusqu'à la mise en jeu du pronostic vital. Mais le livre est aussi une chasse sans concession aux coupables : une mère intrusive, un père incestueux, des psychiatres qui recourent à la violence psychique là où ils devraient tendre la main, une société qui chante les vertus du corps non plus mince mais cachexique, une société qui n’a d’ailleurs jamais caché, tout au long de son histoire, une passion suspecte pour le jeûne à travers tous ses avatars, une Eglise enfin qui offrit aux saintes jeûneuses de se sustenter du seul Dieu fait homme puis « pain de vie » — chasse aux coupables qui ne débouche naturellement sur aucune inculpation. Le livre est encore une approche étiologique des troubles du comportement alimentaire à partir des différentes interprétations qui émanent, depuis plus d’un siècle maintenant, des milieux psychiatriques d’abord, psychanalytiques ensuite, sociologiques enfin ; approche qui va progressivement privilégier la question d’une relation perturbée entre la mère et le nourrisson, une relation carencée ou bien, pour utiliser les mots de la psychanalyse, un stade oral manqué. Le livre présente enfin trois voies thérapeutiques retenues pour leur cohérence théorique en relation avec ce que nous percevons être, plus loin que cette symptomatologie de la faim volontaire ostentatoire, les troubles sous-jacents qui agissent à son insu la personne souffrant d’anorexie. L'auteur: Les témoignages des jeunes filles qui ont traversé l’épreuve de l’anorexie se multiplient depuis près de trente ans. Ils suscitent l’intérêt et l’émoi grandissants des médias et des milieux médicaux. Cette écrasante proportion de femmes et le silence que les hommes victimes de cette pathologie ont observé jusqu’à ce jour ont fait croire qu’on ne pouvait parler de l’anorexie qu’au féminin. L’enquête que propose Jean-Philippe de Tonnac est sans précédent. C’est en interrogeant son expérience de la faim, celle des anorexiques qu’il a rencontrées, en questionnant des psychiatres, des psychothérapeutes, des sociologues, des historiens de la mode, des spécialistes de la mystique, qu’il a cherché a comprendre ce qu’était l’anorexie et les raisons de la fascination qu’elle suscitait. (Service presse Albin Michel) Jean-Philippe de Tonnac est écrivain et rédacteur en chef adjoint des hors-série du Nouvel Observateur. Il a publié une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels une biographie de l’écrivain philosophe René Daumal (René Daumal L’archange, Grasset, 1998), un roman (Père des brouillards, Fayard, 2002 et un livre d’entretien avec Théodore Monod (Révérence à la vie, Grasset, 2000). Il a codirigé L’encyclopédie des savoirs et des croyances sur La Mort et l’Immortalité (Bayard, 2004). Albin Michel, 430 pages, 21,50 €
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